MANIFESTE
GROUPE DE LIBÉRATION HOMOSEXUEL
TENDANCE POLITIQUE (ET) QUOTIDIEN
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Notre groupe entend lutter pour la libération de l’homosexualité des hommes et des femmes. Nous souhaitons réunir tous ceux et toutes celles qui veulent lutter contre l’oppression dont sont victimes les homosexuels en particulier et contre le refoulement de l’homosexualité en général.
Dans le cadre de la crise sociale qui ronge le système capitaliste, de l’irruption de la jeunesse dans le champ politique et de l’apparition du mouvement des femmes, nous homosexuelles et homosexuels, avons déjà commencé à prendre la parole et à sortir du ghetto où l’on nous enferme. Dans la foulée de Mai 68, sont apparus en France différents mouvements homosexuels, dont le Comité d’action pédérastique de la Sorbonne fut la première manifestation. En 1971, le FHAR (front homosexuel d’action révolutionnaire) fut notre premier cri de récolte, mais le manque d’organisation et de cohésion entraina une désagrégation interner qui permit la répression policière. Le journal Antinorm qui lui succéda ne réussit pas davantage à la construire un mouvement homosexuel de masse. Aujourd’hui cependant, l’existence du G.L.H. (Groupe de libération Homosexuel), constitué de différentes tendances, bénéficie de l’expérience passée de ces mouvements et de celle du mouvement des femmes. Nous pensons que la situation est mûre pour reprendre la lutte et relancer le débat, pour construire un mouvement homosexuel de masse comme il en existe à l’étranger.
La crise du système capitaliste et de l’ordre moral bourgeois s’approfondit depuis Mai 68, et touche toutes les couches sociales et toutes les formes d’oppression. Nous, homosexuels, qui ne nous reconnaissons en aucune manière dans le club bourgeois Arcadie, voulons participer avec la classe ouvrière au combat anticapitaliste et nous battre pour que le mouvement ouvrier dans son ensemble intègre et soit activement solidaire de notre lutte contre l’oppression que nous subissons.
Nous voulons en finir avec ce qui est notre lot quotidien :
- L’utilisation marchande de la sexualité (boites, pornographie, sexshops)
- La répression directe, étatique et juridique (lois répressives, procès, brimades et tabassages des flics)
- Les discriminations, économiques et sociales, qui nous frappent, dans l’emploi et le logement par exemple
- L’apprentissage institutionnel de la Normalité et des valeurs dominantes de la société capitaliste (Ecole – Famille – Armée…)
- La misère sexuelle et affective de tous ceux qui ne peuvent las vivre leur sexualité, de ceux qui la vivent dans la culpabilité, la honte, la solitude, le dégoût de soi-même et la peur des autres
- L’alternative entrer, soit des rapports de drague, (de) séduction et de consommation, soit les rapports de couple qui reproduisent toutes les aliénations du couple hétérosexuel « normal »
- Le ghetto, imposé par la société » qui tend à marginaliser, exclure ou enfermer tous ceux qui ne sont pas conformes à l’ordre moral et idéologique dominant (tasses, boites, etc.)
Nous revendiquons :
- L’abrogation des lois discriminatoires contre l’homosexualité » (loi Pétain/de Gaulle, amendement Mirguet), contre la pédérastie et le travestisme
- La fin de toute discrimination dans l’emploi et le logement
- La suppression de l’impôt qui taxe le célibat
- Lev droit à la libre disposition de notre corps
- La reconnaissance de la sexualité des enfants, premières victimes de notre société
Notre lutte s’insère dans une lutte plus générale contre les institutions et les valeurs sur lesquelles reposent l’ordre moral bourgeois :
- La famille, cellule de base de la société bourgeoise, structure alién(ante) où se fait l’apprentissage des rôles sexuels et sociaux ;
- L’école, lieu d’embrigadement de la jeunesse, qui renforce le conditionnement et concourt à ce que les jeunes se plient aux structures d’exploitation et d’aliénation ;
- Et d’une manière plus générale, toutes les structures qui véhiculent une conception normative des rôles sociaux.
Nous rejetons la normalité qui s’appuie sur la division des sexes qui se traduit par la domination de l’homme et l’oppression des femmes, et par les distinctions entre homosexuel et hétérosexuel, entre normal et anormal, entre rôle masculin et rôle féminin, entre vie publique et vie privée, entre jeunes et vieux, entre comportement sain et pathologique…
Nous rejoignons la lutte des femmes contre la phallocratie, contre le culte de la virilité et contre le conditionnement des rôles sexuels, et contre l’oppression généralisée qui en découle.
Nous, tendance Politique et Quotidien du Groupe de Libération Homosexuel, appelons tous ceux et celles qui se reconnaissent dans notre lutte à se regrouper pour débattre et agir.
GROUPE DE LIBÉRATION HOMOSEXUEL
TENDANCE POLITIQUE ET QUOTIDIEN
Paris, janvier 1976.
Adresse postale : PONCIN B.P. 631 75 160 PARIS CEDEX 04